Adieu la vache qui rit!

L’insoutenable désespoir d'une vache

 

24 février 2017 - Fait divers

Un agriculteur me contacte car une de ses vaches, une génisse, ne se lève plus.

Il me dit que depuis 3 semaines, elle reste couchée comme prostrée. Elle semble paralysée de l’arrière. Elle bouge légèrement les pattes et la queue.

Elle reste allongée pendant des heures durant. Toutefois, précise-t-il, elle boit et mange très bien et ne maigrit pas.

Son éleveur voudrait tant l’aider. Il ne sait plus quoi faire.

Les vétérinaires ne trouvent aucune raison physique à son état. Aucun problème de santé n’est diagnostiqué.

Ne sachant plus à quel saint se vouer, désespéré, il fait appel aux services que je propose en tant que communicatrice animalière.

A sa demande, je me mets en lien avec cette génisse depuis mon domicile.

Le retour est immédiat.

Un désespoir sans commune mesure m’envahit, une tristesse sans nom. Je suis surprise par la vigueur de la souffrance et de la détresse qu’elle m’envoie.

J’en suis plus qu’émue.

Je sais le sort actuel des vaches mais je ne m’attendais pas à ressentir un tel désespoir.

 

Quand je lui demande pourquoi elle ne se lève plus, elle me montre que, depuis peu, elle a compris ce qui l’attendait. Depuis ce jour où elle a vu ses compagnes monter dans le camion pour partir à l’abattoir et ne plus revenir. Elle a entendu les cris silencieux, les appels à l’aide, l’effroi des vaches.

 

C’est de l’ordre de l’intenable, de l’insoutenable pour elle. Elle est en état de choc émotionnel car elle prend conscience de la réalité et du destin des vaches dont elle fait partie.

 

Je ressens une envie de se laisser mourir, de quitter ce monde où l’horreur animale est devenue une banalité.

 

Je lui demande si elle a un message à transmettre.

Elle me dit qu’elle ne veut pas vivre et mourir dans les conditions dans lesquelles les vaches meurent aujourd’hui. A quoi bon se lever? les perspectives qui l’attendent l’effraient et la mettent dans un état d’angoisse, de dépression et de léthargie. Une vie comme cela elle n’en veut pas. Elle veut une autre vie. Une vie où le respect et l’espoir sont permis.

 

Je transmets le message de cette génisse à son éleveur qui me remercie mais ne semble pas comprendre la teneur du message de sa jeune vache. Il est désemparé et tente tout pour l’aider.

Quelques jours plus tard, le 3 mars 2017, je reçois un email qui m’annonce que la génisse est morte. Son cœur a cessé de battre.

 


Il n’y a plus de vaches qui rient aujourd’hui. C’est un mythe qui n’a sans doute jamais existé ou très peu.

Les vaches souffrent et pleurent en silence. Manger de la viande revient à manger leur désespoir, encourager leur souffrance et à banaliser leur douleur.

 

La complexité de la cognition animale, mise en lumière notamment par les dernières recherches scientifiques, pourrait-elle nous amener à estimer avec un regard neuf et ouvert l’intelligence et la conscience des animaux qui nous entourent ? et plus que tout nous amener à les traiter avec le respect qu'ils méritent?

 

Anne Thiebauld

Communicatrice animalière & Equithérapeute

6 mars 2017


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Commentaires: 2
  • #1

    Kamar Audooren (mardi, 07 mars 2017 13:25)

    Cela sonne vrai. Je le sais bien et pas seulement pour les vaches. L'humanité se deshumanise; On DOIT faire marche arrière. La seule façon de survie est le retour à une vie harmonieuse avec le végétal et l'animal et envisager la décroissance sur tous les niveaux.

  • #2

    Sylvie Prévost (vendredi, 10 mars 2017 15:21)

    La vache est le symbole de la maternité et de la sagesse. Qui a déjà plongé son regard dans celui d'une vache ? on ressent beaucoup de douceur. Et pourtant... La vache n'et plus qu'un beefsteak vivant. Où va-t-on à ne plus respecter la vie ? Moi, je n'ai pas peur de le dire autour de moi au risque de passer pour une idiote. J'ai mal pour toutes ces vaches (mais aussi pour tous ces cochons, ces agneaux, ces poulets ...). L'homme trouvera-t-il le bonheur en maltraitant ainsi la nature? Je trouve très difficile de vivre dans ce monde quand on a de la sensibilité et du respect. On se sent différent et aussi marginal. Il faut beaucoup de force pour oser dire et même pleurer mais comment ne pas rester impuissant! C'est ma question. Je pense qu'il faut oser en parler et surtout aux enfants pour qu'il n'héritent pas du comportement de leurs paires. Ne plus leur parler de viande dans leur assiette mais d'animaux. Quand on y pense : "mange ta viande!", c'est anodin et ça ne veut rien dire mais "mange ce morceau d'animal!" c'est lugubre et pourtant, c'est la vérité. Moi, je mange encore de la viande parfois (le moins possible) et je remercie toujours tout haut l'animal qui me nourrit de sa chair. Et bien ça fait sourire mais c'est pour moi la moindre des choses.