Dessine-moi un cheval (retrouver la confiance)

Petite, les chevaux m’ont toujours fascinée. J’étais irrésistiblement attirée par ces êtres magnifiques à la force brute. Faire de l’équitation ? mais tu n’y penses pas ! C’est dangereux l’équitation. Fais plutôt de la danse ou du tennis, c’est bien ça le tennis. Oui… sans doute… ça doit être bien le tennis.

Plus grande, les chevaux me fascinent toujours. Les voir, encore mieux, les toucher. Faire de l’équitation ? ça ne t’es pas encore passé ça ! Tu sais ce que j’en pense, mais fais comme tu veux, tu es assez grande maintenant.

Une chute, deux côtes cassées, équitation suspendue

Bien décidée à mettre en musique cette passion,je m’inscris dans un manège. Première belle rencontre : un comtois alezan aux crins délavés.

Le coup de foudre. On a tout à apprendre l’un de l’autre. Comme je veux l’aimer et comme j’aimerais qu’il m’aime en retour.

 

Ca y est. Je le monte en leçon. Quelle fierté. Quelle liberté. Et si on essayait les galops ? Oui, pourquoi pas ! Rêne d’ouverture extérieure, pied extérieur reculé, claquement de langue. Ca y est. L’air me fouette le visage. Je virevolte. Quelle sensation. Le contact de mes fesses dans la selle et… de mon visage sur le sol. Une minute d’inattention et c’est la chute. Ouille. C’est douloureux. Je me relève. Je vais bien. Je remets le pied à l’étrier. Ne dit-on pas qu’un cavalier digne de ce nom doit au moins tomber cent fois ? Je termine ma leçon au pas. Verdict : deux côtes cassées. Équitation suspendue pendant huit semaines.

Bilan: une jambe paralysée et une confiance brisée

Je ne peux plus monter, mais je peux continuer à m’en occuper. Malgré mes efforts, quelque chose bloque. Plus je m’occupe de lui et plus se creuse un fossé entre nous. Il me teste. Il cherche mes limites, me bouscule et me malmène. Moi qui ne cherche qu’à l’aimer. « Tu es trop gentille ! »,« Tu le laisses trop faire ! »,« Tu dois lui montrer qui est le maitre ! ». Tant de recommandations qui vont contre ma nature profonde. Ne me respectera-t-il pas d’autant plus si je le respecte aussi ? Je finis par me dire que c’est peut-être moi qui suis idéaliste et applique leurs conseils : coup pour coup, il doit me respecter et m’obéir au doigt et à l’œil.

 

Bilan : shootée des deux postérieures, une jambe paralysée pendant deux jours, puis surtout… une confiance en moi et envers les chevaux brisée.

La peur au ventre

C’est donc la peur au ventre et avec un manque certain de confiance que je décide de reprendre les leçons. La peur, c’est pour les faibles. En la niant suffisamment longtemps, elle disparaitra. C’est ça l’équitation : tomber, remonter, recevoir des coups, remonter. Et pourtant… Inutile. Se voiler la face ? Mentir aux chevaux ? Impossible. Me voilà prisonnière d’un cercle vicieux. J’ai peur, je me tends contre mon gré, les chevaux le sentent, ils se tendent à leur tour, se braquent et alimentent ma peur. Sur le cheval, je me paralyse et à côté plus encore. Mes efforts n’y font rien, je m’enlise dans un mal sur lequel je n’ai aucune emprise.

Après avoir attendu vingt ans pour pouvoir réaliser mon rêve, devrais-je baisser les bras ? Hors de question. Hors de question de me laisser guider par la peur. Hors de question d’abandonner l’équitation. Relaxant ? Gouttes ? Conseils ? Rien n’y fait… Peut-être trouverais-je sur la toile ? Peut-être ne suis-je pas la seule à vivre cette situation ? Les commentaires abondent sur les forums. Toujours la même rengaine qui revient : il faut prendre le taureau par les cornes et mettre sa peur de côté. Les personnes qui préconisent cela ont-elles seulement réellement un jour connu la peur ? Cette peur qui nous enchaine, cette peur insidieuse qui ne nous quitte jamais : un pas en avant, trois pas en arrière. Moi je l’ai connue et je pensais vivre une situation irréversible jusqu’à ce que je tombe par hasard sur les coordonnées d’Anne Thiebauld.

Gestion de la peur avec l'aide d'un troupeau?

Développement comportemental et gestion de la phobie par l’intermédiaire d’un troupeau ? Jamais entendu parler de cela. Communiquer avec des chevaux et plus généralement avec des animaux ? Invraisemblable. Et si c’était vrai ? Et si cela fonctionnait ? Et si moi aussi je pouvais apprendre à communiquer avec les animaux ?

Après tout, au point où j’en suis, qu’ai-je encore à perdre ? Je dois la contacter. Je dois essayer. Au moins, je ne pourrai pas m’en vouloir de ne pas avoir tout tenté. Que n’ai-je bien fait de la contacter. Douce et à l’écoute, elle n’appose aucun jugement, ni sur moi en tant que personne, ni sur moi en tant que cavalière. Elle ne m’impose rien. Elle respecte mon rythme. J’aurais tellement de choses positives à dire de ces séances qu’il m’est difficile de mettre de l’ordre dans mes idées. Peut-être puis-je malgré tout me risquer à choisir quatre mots qui à mes yeux font sens pour illustrer cette magnifique expérience : Harmonisation, révélation, concrétisation et réalisation.

 

Harmonisation, parce qu’avec l’aide du troupeau et la sienne, quelques séances ont suffi pour me faire sentir plus légère. Je n’oublierai jamais cette sensation, c’est avec le cœur aérien que se clôturait chacune de nos séances. Les chevaux m’ont en quelque sorte épaulée pour atteindre un équilibre nouveau.

 

Révélation, parce qu’en plus de m’avoir appris des choses que j’ignorais sur moi-même, j’ai découvert ce qu’était la communication animale. J’ai découvert à quel point la nature peut être belle et les animaux sages. J’ai découvert quel bien-être peuvent nous apporter des êtres envers lesquels le destin n’a pourtant pas toujours été tendre. J’ai découvert une infime partie de ce que sont les chevaux et cela m’a encouragée à ne pas renoncer à eux, à apprendre à mieux les connaitre et à mieux les écouter.

 

Concrétisation, parce que petit à petit, avec de la patience et de la confiance, je me suis réalisée. Il n’a fallu que quelques séances avant que ne se fasse sentir le désir de remonter à cheval. C’est les larmes aux yeux que je me suis rendue compte que je n’étais pas pétrifiée, que je prenais simplement du plaisir à monter. Il ne m’aura pas fallu longtemps non plus pour désirer reprendre le manège en parallèle, remonter et repartager ce plaisir avec d’autres personnes. Quelle différence ! Certes la peur était encore là, latente, mais cette fois-ci, je la gérais et l’avouais !

Réalisation, parce qu’alors qu’une rencontre avait déclenché ma phobie, une autre a définitivement dissipé les quelques démons qui me taraudaient encore : un grand alezan roux.

 

Tu veux le monter ? Nos regards se croisent. Pas du tout mon type de monture à la base. Sans savoir pourquoi : oui, je veux bien. Je le brosse, il m’impressionne et, en même temps, il me fascine. C’est parti pour la leçon. Oula, c’est haut, bien plus haut qu’à l’habitude. On marche, on trotte, c’est inexplicable, c’est lui. Cette sensation d’épanouissement. Cette sensation qu’à nous deux, tout sera désormais possible. En un regard, en une seconde, hasard ou évidence ?

 

Mystère de la vie ! « Ce n’est pas le cavalier qui choisit son cheval, c’est le cheval qui choisit son cavalier ». On n’a pas toujours conscience de la véracité de ce dicton. Et pourtant… mon ange à moi m’a montré que je peux encore faire confiance. Mon ange à moi m’a montré que je suis encore capable. Il m’a montré que je pouvais encore me dépasser. À deux, nous sommes plus forts. Alors que, paralysée par la peur, je pensais ne plus parvenir à remonter un jour, c’est aujourd’hui avec plaisir que je monte, avec plaisir que je prends les galops, avec plaisir que je saute et avec plaisir que je nous consacre du temps.

 

Amélie

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Commentaires : 2
  • #1

    Adrienne (mardi, 02 septembre 2014 15:20)

    Quel beau témoignage! C'est une bonne leçon que de d'accepter ses peurs et de décider de les surmonter. Qui sait, peut être nos chevaux éprouvent-ils les mêmes appréhension quand on arrive stressés avec nos valises émotionnelles de la journée. Une monte hâtive, un mouvement non préparé ou non réfléchi peut tout aussi les affecter. Et très certainement, eux aussi ils éprouvent la joie quand nous arrivons a dépasser nos peurs et lâchons du leste. L'équitation c'est comme une relation d'amour. De la patience, de l'amour, de l'attention et beaucoup d'humilité par rapport a nos égos.

  • #2

    Sophie (lundi, 28 décembre 2015 11:16)

    Très belle histoire dans laquelle je me retrouve à plusieurs moments! J'ai adoré votre phrase "Ce n’est pas le cavalier qui choisit son cheval, c’est le cheval qui choisit son cavalier"... Je me souviens encore du jour ou je suis venue "la" voir car je cherchais à acheter un cheval... Sa cavalière a fait une démonstration pour montrer toute ses qualités à l'obstacle et moi tout ce que je voyais c'est le regard de la jument qui me transperçait à chaque passage près de moi... ce cheval me regardait vraiment, c'était fort.... Puis une jument hyper caline au boxe, et calme tout en ayant du sang à la monte, j étais convaincue :)
    Je pense qu une fois qu'on a trouvé le cheval qui nous correspond, la peur est plus facile à gérer et le plaisir est bien plus fort car on connait les réactions et surtout il y a de l'amour :)
    Aujourd'hui la peur est tjs présente mais principalement à l'obstacle donc je prends mon temps même si je rêve de me dépasser :)